Bernard Cartiaux
C’est avec plaisir, pour ce 1er billet dans « coup de zoom », que je vous présente un photographe que j’ai rencontré au début de l’année 2008.
Nous étions alors tous deux en chasse, appareils photo en main, et depuis ce jour nous entretenons des échanges réguliers sur nos pratiques et sensibilités photographiques respectives, dont je ne pourrais me passer aujourd’hui. Grâce à cet échange, j’ai eu la chance de découvrir les clichés qui suivent.
Quant à sa manière de voir, je me permets de citer un extrait de ses pensées:
« …j’ai un peu de mal à commenter mes propres photos. Il me semble après moultes réflexions et expériences concrètes que la seule chose qui vaille pour une image « exposée » est qu’elle renferme autant que possible une charge émotionnelle que le spectateur en fonction de sa sensibilité, de son vécu, de sa culture, recevra. Il en sera heureux l’espace d’un instant. Si après, une de ces images le suit plus longtemps et bien tant mieux car souvent l’image renferme des sentiments fugaces, des traces de souvenirs diffus que la plupart du temps on ne peut, justement, restituer dans un instant, un temps précis de sa propre vie. Parfois on en vient même à se demander si ils appartiennent bien à notre propre vécu ou bien ne sont ce pas le fruit de notre imagination, d’un rêve… ou d’un temps lointain (pour les gens d’un âge certain) qui commencerait à échapper à notre mémoire. »
« Quand les tziganes célèbrent une fête de famille, tous les membres, jusqu’aux plus lointains cousins, se doivent d’assister : la coutume le veut. Bonheur de se rassembler, de se retrouver pour parler, chanter et danser….
Rares sont les gadjé (étrangers) invités à se mêler à une fête du clan. Aussi, depuis ce jour de Juin 1989 où je fus convié à pénétrer dans le cercle d’une communauté tzigane, un de leurs singuliers proverbes me revient régulièrement à l’esprit : « Ne te gratte pas où ça ne te démange pas ». Moi, le souvenir de cette journée où se mariaient deux des leurs me démange encore là où ça me gratte : du côté de ma mémoire.
Comment oublier ne serait-ce que mon arrivée dans leur campement, alors que la matinée s’avançait ?
Armés de vieux fusils, une vingtaine d’hommes tous sourires dehors, canons pointés dans ma direction, m’attendaient. Les seules armes que j’opposai à leur accueil viril furent un semblant de bravoure…et mes appareils photos. N’étais-je pas là, comme convenu pour photographier la fête ?
Déjà l’ambiance régnait dans ce lieu d’ordinaire désert, entre voies ferrées et rocade. Les gens du voyage d’habitude si calmes, si retenus, exultaient de bonheur et d’excitation.Comment choisir, comment photographier juste et bien, comment saisir tous ces regards rieurs ou la tension d’un seul dans la multitude des visages. Comment ne pas trahir ?
Aujourd’hui les images sont là, authentiques. Le gadjé continue de de se gratter du côté de sa mémoire.
Pourra-t-il, un jour, franchir de nouveau le cercle des caravanes et entrer plus avant dans le monde des tziganes ? »
Bernard Cartiaux









